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521.La Maça « ‘Ashira » (galette douce ou au vin) (Partie n° 6)

Question:


Quel est le statut de la Maça ‘Ashira (Galette douce ou au vin), durant la fête de Pessa’h ?

 

Réponse:

 

Il est rapporté dans la Guemara Pessa’him (35a) :

Resh Lakish dit : une pâte pétrie avec du vin, de l’huile ou du miel, sa fermentation n’entraîne pas la punition de Karet (retranchement de ce monde et de l’autre, punition que l’on subit lorsqu’on a consommé du ‘Hameç à Pessa’h), car ces ingrédients sont considérés comme des jus de fruits. Or les jus de fruits ne causent pas de fermentation. 

 

Il est aussi enseigné dans cette même Guemara (36a) :

On enseigne : on ne pétrie pas de pâte pendant Pessa’h avec du vin, de l’huile ou du miel. Si toutefois on a pétrie une pâte avec ces ingrédients : selon Rabban Gamliel cette pâte doit être brûlée, et selon les ‘Ha’hamim cette pâte peut être consommée.

Rashi commente : on ne doit pas pétrir une pâte avec du vin, de l’huile ou du miel car avec de tels ingrédients, la pâte va rapidement fermenter au point que personne ne peut la surveiller. Même si selon Resh Lakish (1ère référence citée), les jus de fruits ne causent pas de fermentation, cela ne concerne que le fait qu’ils n’entraînent pas la condamnation de la Torah à Karet, mais une telle pâte n’en reste pas moins interdite Miderabbanan à titre de ‘Hameç Noukshé (‘Hameç qui s’est mélangé à autre chose et qui a perdu sa forme d’origine).

Telle est également l’opinion du Gaon auteur du Hashlama (sur Pessa’him)

 

Mais les Tossafot (Pessa’him 35b) réfutent l’explication de Rashi, et selon eux tant que la pâte a été pétrie uniquement avec des jus de fruits sans le moindre ajout d’eau, il est permis Le’hate’hila d’en consommer pendant Pessa’h, car les jus de fruits ne provoquent absolument pas de fermentation. Les Tossafot expliquent que lorsqu’on enseigne que l’on ne doit pas pétrir une pâte avec du vin, de l’huile ou du miel, et qu’une telle pâte doit être brûlée immédiatement, il s’agit d’un cas où l’on ajoute aussi de l’eau, car effectivement dans ce cas, la pâte va rapidement fermenter.

 

Telle est également l’opinion du RAMBAM (chap.5 des Hal. relatives au ‘Hameç et à la Maça Hal.2) dont voici les termes :

« Les 5 espèces du Dagan (blé ; orge ; seigle ; avoine ; Sarazin) dont on a parlé, si on les pétri avec des jus de fruits uniquement, sans le moindre ajout d’eau, elles ne subiront jamais de fermentation, même si on laisse la pâte durant toute la journée au point de gonfler, et il est permis d’en consommer pendant Pessa’h, car les jus de fruits ne causent pas de fermentation, mais plutôt une moisissure de l’aliment. On inclue dans les jus de fruits : le vin ; le lait ; le miel ; l’huile d’olive ; le jus de pomme ; le jus de grenade, ou tout autre exemple de vins, huiles ou boisson. Ceci, à condition qu’aucune eau n’ait été ajoutée car si c’est le cas, ces ingrédients causent une fermentation. »

 

Le RAAVAD écrit sur cela :

« Ceci n’est pas une chose évidente et n’est pas l’avis de tout le monde, car même si les jus de fruits ne rendent pas cette pâte totalement ‘Hameç au point d’entraîner la condamnation de la Torah à Karet, elle n’en reste pas moins du ‘Hameç Noukshé qui est interdit. »

 

Le Maguid Mishné écrit sur cela :

« Effectivement, ceci est l’opinion de Rashi, mais les Tossafot ainsi que l’auteur du ‘Itour ont aisément réfuté son opinion avec des arguments très clairs. Tel est également l’opinion des Gueonim selon qui, les jus de fruits ne causent absolument pas de fermentation. Même à priori, il n’y a pas la moindre crainte et tel est l’usage en vigueur. C’est ce qu’il faut retenir d’essentiel. »

 

Le Peri ‘Hadash (sur O.H 462) écrit que même le RAAVAD admet cette opinion selon laquelle on peut autoriser Le’hate’hila (à priori) de pétrir une pâte avec des jus de fruits lorsqu’il n’y a pas le moindre ajout d’eau, comme l’écrit d’ailleurs le RASHBA en son nom dans une Tshouva (chap.333). En réalité – explique le Peri ‘Hadash – le RAAVAD désirait uniquement faire remarquer qu’il s’agit d’une opinion qui ne fait pas l’unanimité, faisant allusion à Rashi qui conteste cette opinion.

 

De nombreux autres Rishonim partagent l’avis des Tossafot contre Rashi, et pensent que les jus de fruits ne causent absolument aucune fermentation.

 

Parmi eux :

Le RAVEYA sur Pessa’him (chap.468 page 96) et il cite lui-même Rav Nissim GAON et Rabbenou TAM qui pensent la même chose ; le Or Zaroua’ - Ha-Gadol (tome 2 Hal. Pessa’h page 58 colonne 4) ; le Rokea’h (chap.281) ; le RASHBA dans une Tshouva (chap.4 et 333) ; le ROSH dans ses décisions Hala’hiques (sur Pessa’him chap.2 section 13) ; selon le Nimouké Yossef, telle serait l’opinion du RAMBAN ; Rabbenou Isha’ya Ha-Rishon (sur Pessa’him 35b) ; le Mëiri ; le RAN ; selon le Hagahot Maïmoni (285), telle serait aussi l’opinion du RI (Rabbenou Ista’hak l’un des auteurs des Tosssafot) ainsi que de Rabbenou Sim’ha et de tous les Gueonim par opposition à l’opinion de Rashi.

 

MARAN écrit dans le Beit Yossef (O.H 462) l’usage est ainsi répandu d’autoriser.

 

D’ailleurs c’est ainsi qu’il tranche dans le Shoul’han ‘Arou’h (O.H 462-1)                      

 

« Les jus de fruits, sans ajout d’eau, ne provoquent pas de fermentation (‘Himouç), et il est donc permis de consommer pendant Pessa’h de la Maça qui a été pétrie avec des jus de fruits, même si cela a durée toute une journée. Mais on ne peut s’acquitter de l’obligation de Maça (le soir du Seder), car cette Maça est qualifiée de « Maça enrichie » (‘Ashira). Or, la Torah ordonne de consommer le soir de Pessa’h « un pain de pauvreté (Le’hem ‘Oni) ».

 

Telle a toujours été la tradition des Sefaradim dans tous les lieux où ils résidèrent au fil des générations, conformément à l’opinion de MARAN, l’auteur du Shoul’han ‘Arou’h qui autorise la consommation de la Maça ‘Ashira (Galette douce ou au vin) pendant la fête de Pessa’h.

 

Cependant, les Ashkenazim ont l’usage de s’interdire la consommation de la Maça « enrichie » durant la fête de Pessa’h, car ils se conforment à l’opinion du RAMA qui tranche qu’il est interdit de consommer pendant la fête de Pessa’h, de la Maça faite avec des jus de fruits.

 

Le Gaon de Vilna écrit dans son commentaire sur le Shoul’han ‘Arou’h que le RAMA prend en considération l’opinion de Rashi, et aussi que l’on craint que de l’eau s’est mélangée aux jus de fruits.

 

Mais l’usage des Sefaradim autorise la consommation de telles Maçot, conformément à l’opinion de la majorité des décisionnaires et MARAN l’auteur du Shoul’han ‘Arou’h, et comme l’écrit le Peri ‘Hadash (sur O.H 462).

 

Le Gaon Rabbi Yossef MOL’HO atteste – dans son livre Shoul’han Gavoha (sur O.H 462 note 1) que l’usage de tous les Sefaradim autorise ces Maçot.

 

C’est également ce qu’atteste le Gaon Rabbi Yona NAVON dans son livre Shou’t Ne’hpa Bakessef (tome 1 page 176 fin de la colonne 4).

 

C’est aussi ce qu’atteste son digne élève, notre maître le ‘HYDA dans son livre Birké Yossef (sur O.H 462 note 7) au nom de son aïeul le Gaon Rabbi Avraham AZOULAÏ selon qui, la tradition est établie parmi tous les Sefaradim d’autoriser de telles Maçot pétries uniquement avec des jus de fruits.      

 

Il y a environ 40 ans, en Israël, dans la ville de Tel Aviv, 2 fabricants de biscuits voulurent fabriquer de la Maça « enrichie » pour la fête de Pessa’h, en utilisant uniquement de la farine blé (Casher LePessa’h) et des jus de fruits, sans aucun ajout d’eau, après avoir Cashériser les fours selon la Hala’ha, et sous le contrôle d’un Talmid ‘Ha’ham possédant la Crainte d’Hashem. Cependant, celui qui était le Grand Rabbin de la ville de Tel Aviv à cette époque, le Gaon Rabbi Isser Yehouda ONTERMANN z.ts.l, refusa de les autoriser à fabriquer de la Maça « enrichie », prétextant l’opinion du RAMA selon laquelle « …dans leurs pays, ils n’ont pas l’usage de pétrir de la Maça avec des jus de fruits, et qu’il ne faut pas changer cette usage, excepté pour un malade ou une personne âgée qui en ont besoin. »

Quelques temps après, le Gaon Rabbi Isser Yehouda ONTERMANN z.ts.l fut élu au poste de Grand Rabbin Ashkenazi d’Israël, et notre maître le Rav Ovadia YOSSEF shalita fut nommé Grand Rabbin de la ville de Tel Aviv.


En 5730 (1970), notre maître le Rav shalita, modifia l’usage en vigueur jusqu’alors au sein du grand rabbinat de Tel Aviv, et donna un certificat de Casherout aux usines de fabrication (pour fabriquer de la Maça « enrichie ») qui acceptaient le contrôle Rabbinique de notre maître le Rav shalita, ainsi que toutes ses demandes et exigences en matière de Casherout.

Ceci, en raison du fait que la ville de Tel Aviv possède une très importante communauté Sefarade, qui ont l’usage depuis toujours d’autoriser la consommation de Maça « enrichie », conformément à l’opinion de MARAN.

C’est pourquoi, il est certain qu’il incombe le Grand Rabbin Sefarade d’une telle ville de fournir des services de Casherout qui distribuent même des produits qui ne sont pas Casher pour les Ashkenazim. 

 

Mais cependant, le commerçant qui vend des Maçot « enrichies » ou des pâtisseries Cahser LePessa’h, doit faire savoir au moyen d’une pancarte largement visible, que les pâtisseries ou les Maçot « enrichies », sont fabriqués avec de la farine (Casher LePessa’h) et des jus de fruits, et que selon la tradition Ashkenaze, ces pâtisseries et ces Maçot « enrichies » sont interdites à la consommation, excepté pour des malades, des personnes âgées ou des enfants en dessous de l’âge des Miçwot.

 

En 5750 (2000), le Rishon Leçion - Grand Rabbin Sefarade d’Israël, le Gaon Rabbi Eliyahou BAKSHI – DORON shalita, qui occupait ce poste à cette époque, fit remarquer que l’on mélangeait certains produits chimiques dans la pâte afin de la faire gonfler, ce qui est comparable aux essences que l’on fait à partir du vin, et qui ont la capacité de provoquer une fermentation, comme l’écrivent les Poskim (voir Tossafot Pessa’him 28b). Ces produits n’ont donc pas le statut des jus des fruits.

 

Mais notre maître le Rav Ovadia YOSSEF shalita exprima son étonnement sur de tels propos.

En effet, selon notre maître le Rav shalita, il n’y aucun lien entre les essences de vin qui ont la capacité de provoquer une fermentation, et les produits chimiques que l’on mélange à la pâte des Maçot « enrichies », pour la faire gonfler.

Notre maître le Rav shalita a consulté 2 experts en la matière, qui attestent que cette substance chimique ne provoque aucun gonflement de la pâte, et n’est comparable en réalité qu’à l’effet d’une pompe extérieure qui entraînerai un souffle et un gonflement à l’intérieur de la pâte. Or, la fermentation que la Torah interdit, est complètement différente puisqu’il s’agit du contact entre la farine de blé et l’eau, durant un certain laps de temps. C’est là que s’opère une modification interne des molécules de la farine, et que débute la fermentation.

Les produits chimiques mélangés à la pâte des Maçot « enrichies », ne modifient strictement rien à l’intérieur de la pâte, mais uniquement son aspect extérieur qui gonfle par la libération d’un gaz dans la pâte.

 

De plus, notre maître le Rav shalita, sollicita le Gaon Rabbi Shelomo Moshé ‘AMAR shalita (qui fut élu Rishon Leçion – Grand Rabbin Sefarade d’Israël en 5762 -2002), afin qu’il médite sur ce dossier, et le Rav ‘Amar shalita rédigea une longue Tshouva (réponse Hala’hic) dans laquelle il prouve qu’il est totalement permis de consommer de la Maça ‘Ashira (« enrichie ») pendant Pessa’h.

 

Par conséquent, les Sefaradim, ainsi que tous les originaires des communautés du Moyen Orient, sont totalement autorisés selon la Hala’ha, à acheter et à consommer pendant Pessa’h, de la Maça ‘Ashira (Galette douce ou au vin) fabriquée sous un contrôle de Casheroute responsable.

Même pour les Ashkenazim, s’il s’agit de personnes malades ou âgées ou bien pour des enfants en dessous de l’âge des Miçwot, il leur est permis d’en consommer pendant Pessa’h.

 

Dans la prochaine Hala’ha, nous traiterons – avec l’aide d’Hashem -  de la Maça trempée dans un liquide, ainsi que des pâtisseries faites à base de farine de Maça. 

 

Conclusion:


 

 

Pour les Sefaradim et les originaires des communautés du Moyen Orient, la Maça ‘Ashira (Galette douce ou au vin) est totalement permise à la consommation durant la fête de Pessa’h.

Les Ashkenazim ont la tradition de se l’interdire, excepté pour des personnes malades ou âgées, ou pour des enfants en dessous de l’âge des Miçwot.

 

Les Séfaradim qui s’imposent la ‘Houmra (rigueur) de s’interdire la consommation de la Maça ‘Ashira, s’imposent une ‘Houmra qui n’a aucun fondement Hala’hique pour les Séfaradim. 

 

Mais attention !!

La Maça ‘Ashira (Galette douce ou au vin) n’est absolument pas valable pour s’acquitter de son obligation de consommer la Maça le soir du Seder de Pessa’h.

 

Dans la prochaine Hala’ha, nous traiterons – avec l’aide d’Hashem -  de la Maça trempée dans un liquide, ainsi que des pâtisseries faites à base de farine de Maça. 

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