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453.Règles relatives aux bénédictions du matin – N°8

 

Règles relatives aux bénédictions du matin N°8 

(Selon le Hala’ha Béroura sur Shoul’han ‘Arou’h O.H chap.46)

« Shé-’Assa Li Kol çérakhaï» les jours de Yom Kippour et Tish’a Bé-Av

 

Question:

 

Doit-on réciter la bénédiction de « Shé-’Assa Li Kol çérakhaï » les jours de Yom Kippour et Tish’a Bé-Av ? De même, est-ce qu’un endeuillé doit réciter cette bénédiction durant les 7 jours de deuil ?

 

Réponse:

 

Lors de l’exposé N°6  de cette série, nous avons établi que selon la tradition répandue et tel qu’elle est confirmée dans les propos des décisionnaires, nous récitons les bénédictions du matin sur le bon fonctionnement du monde. Ce qui signifie que même si l’on n’est pas soumis à l’une ou l’autre des bénédictions du matin, nous la récitons malgré tout.

Par exemple, même si l’on n’a pas entendu le chant du coq, on récite quand même la bénédiction de « Ha-Noten La-Se’hwi Bina… ».

[Mais la bénédiction de « ‘Al Nétilat Yadaïm » ne peut être récitée que si l’on a dormi au moins ½ heure durant la nuit dans son lit personnel, et de même pour « Asher Yaçar » que l’on ne récite que si l’on s’est rendu aux toilettes].

 

Selon cela, même si la bénédiction de « Shé-’Assa Li Kol çérakhaï » (« qui m’a procuré tout ce dont j’ai besoin ») traite principalement du privilège de porter des chaussures en cuir, tel que nos maitres l’expliquent, il faudrait malgré tout la réciter les jours de Yom Kippour et Tish’a Bé-Av, bien que nous ne portons pas de chaussures en cuir ces jour là.

 

C’est effectivement l’opinion explicite de certains de nos maitres les décisionnaires médiévaux, comme le Ba’al Ha-‘Itour (règles relatives à Yom Kippour page 106c) qui justifie la récitation de cette bénédiction ces jour là, en disant que du fait que la personne a la liberté et la possibilité technique de chausser les chaussures en cuir même ces jour là, comme par exemple lorsqu’il y a un danger provoqué par la présence d’un scorpion. C’est pourquoi, selon cette opinion, on ne doit pas modifier les bénédictions du matin ces jours là.

 

Concernant le fait de réciter les bénédictions du matin sur le fonctionnement du monde ou par obligation personnelle, le ROSH (sur Béra’hot chap.9 sect.23) et le TOUR (O.H 46) stipulent que les bénédictions qui traitent d’une satisfaction physique, comme celle de « Malbish ‘Aroummim » (sur les vêtements), ou « Ozer Israël Bi-Gvoura » (sur la ceinture), ou ‘Oter Israël Bé-Tif’ara » (sur le couvre-chef), on ne peut les réciter que si l’on y est soumis.

 

Pourtant, le ROSH (sur Yoma chap.8 sect.3) et le TOUR (O.H chap.613) citent l’opinion du Ba’al Ha-‘Itour selon qui on doit réciter la bénédiction de « Shé-’Assa Li Kol çérakhaï ».même les jours de Yom Kippour et de Tish’a Bé-Av où l’on ne porte pas de chaussures en cuir.

 

Dans son livre Shou’t Otsrot Yossef (fin du tome 3 du Hala’ha Béroura, chap.11), le Gaon Rabbi David YOSSEF Shalita explique cette apparente contradiction dans les propos du ROSH et du TOUR de plusieurs façons :

 

  • Même si le ROSH et le TOUR considèrent que nous ne récitons pas les bénédictions du matin sur le bon fonctionnement du monde mais par obligation personnelle, et que selon cela, si l’on n’est pas soumis à l’une ou l’autre des bénédictions du matin il ne faut pas la réciter, ils visent peut être une bénédiction que l’on n’a absolument pas la possibilité de réciter, comme lorsqu’on est alité et que l’on n’a pas la possibilité de se vêtir, on ne pourrait pas réciter dans ce cas la bénédiction de « Malbish ‘Aroummim ».

Par contre, si l’on a la possibilité de réaliser le sujet de la bénédiction, mais qu’on ne le fait pas par simple désir personnel, le ROSH et le TOUR seraient d’avis que l’on ne peut pas réciter des bénédictions sur des satisfactions physiques dont on ne veut pas profiter. Selon cela, on comprend aisément la raison pour laquelle ils citent les propos du Ba’al Ha-‘Itour, puisqu’il stipule que du fait que la personne a la liberté et la possibilité technique de chausser les chaussures en cuir même ces jour là, comme par exemple lorsqu’il y a un danger provoqué par la présence d’un scorpion.   

 

  • On peut aussi expliquer que le ROSH et le TOUR ne considèrent pas que la bénédiction de « Shé-’Assa Li Kol çérakhaï » ne se rapporte pas exclusivement sur le privilège de porter des chaussures en cuir, mais à tous les besoins de l’homme dans leur ensemble, puisque l’idée des chaussures en cuir n’apparait pas dans les termes de la bénédiction. Nos maitres ont simplement instaurés cette bénédiction au moment où l’on enfile les chaussures en cuir.

Ces deux façons d’expliquer sont similaires aux explications données par le Dérisha (sur O.H 613 note 1).

 

  • On peut aussi résoudre la contradiction dans les propos du ROSH et du TOUR, à partir des propos de Rabbi David ABOUDARHEM (Seder Sha’harit des jours de semaine) qui explique que lorsqu’on est pieds nus, on ne peut pas sortir afin de réaliser nos différents besoins, ainsi que ceux de notre foyer. Mais dès que l’on enfile les chaussures, on considère que nos différents besoins sont réalisés (puisqu’ils peuvent maintenant être réalisés).

Selon cette explication, le jour de Yom Kippour où les Béné Israël ne chaussent pas leurs chaussures en cuir, et n’ont pas la nécessité de sortir à l’extérieur puisque l’on se trouve tous à la synagogue ce jour là pour prier, on considère donc que nos besoins sont tous réalisés même sans chaussures en cuir.

 

Quoi qu’il en soit, selon l’opinion de plusieurs décisionnaires médiévaux, nous devons réciter la bénédiction de « Shé-’Assa Li Kol çérakhaï » même les jours de Yom Kippour et de Tish’a Bé-Av.

Parmi eux :

Shibolé Ha-Léket (chap.269) ; Rabbenou Yéro’ham (Nativ 7 tome 2 page 51b) qui atteste même que telle est l’opinion de la majorité des décisionnaires ; RYTBA (dans ses commentaires sur Ta’anit 29b) ; RAN (sur Yoma chap.8) ; Shou’t Ha-Tashbeç (tome 2 chap.186) ; Rabbi David ABOUDARHEM (Seder Sha’harit de Yom Kippour) ; et d’autres …

 

Cependant, selon l’opinion de notre maitre le ARI Zal, il ne faut pas réciter la bénédiction de « Shé-’Assa Li Kol çérakhaï  » les jours de Yom Kippour et de Tish’a Bé-Av. Notre maitre le ‘HYDA cite cette opinion dans son livre ‘Avodat Ha-Kodesh (Késher Godal chap.5 note 19), et atteste que telle est la tradition.

Mais dans son livre Birké Yossef (Shiyouré Béra’ha chap.46 note 3), il cite les propos du MAHARYL WALI dans une réponse manuscrite, dans laquelle il rappelle que selon la tradition, l’endeuillé porte des chaussures en tissu. Et selon cela, l’endeuillé doit réciter la bénédiction de « Shé-’Assa Li Kol çérakhaï ». [Selon cela, il en serait de même les jours de Yom Kippour et de Tish’a Bé-Av où l’on porte des chaussures en tissu].

 

Mais ensuite, le ‘HYDA cite les propos du RAMA’ de PANO dans son livre EL FASSI ZOTA (fin de Béra’hot) qui fait une différence entre Tish’a Bé-Av - où l’on est tous pauvres d’une certaine manière, et où il ne faut donc pas réciter cette bénédiction -  et Yom Kippour où – au contraire – le fait de ne pas porter des chaussures en cuir est pour nous une gloire. En effet, nous n’avons pas besoin de chaussures en cuir ce jour là, car nous disposons de tous nos besoins, il faut donc réciter cette bénédiction ce jour là.

Cette différence n’est apparemment pas réellement convaincante puisque nos maitres enseignent explicitement dans la Guemara Béra’hot (60b) que cette bénédiction a été instaurée pour le fait de porter des chaussures en cuir.

Notre maitre le ‘HYDA réfute lui-même la différence faite par le RAMA’ de PANO, puisque les enseignements de notre maitre la ARI Zal attestent que l’on ne doit pas réciter cette bénédiction les jours de Yom Kippour et de Tish’a Bé-Av, et que telle est la tradition.

 

Sur le plan pratique, les personnes qui désirent réciter cette bénédiction les jours de Yom Kippour et de Tish’a Bé-Av ont sur qui s’appuyer dans la Hala’ha, et ceci grâce à divers arguments :

 

  • Celui de la majorité des décisionnaires médiévaux qui considèrent que les bénédictions du matin sont récitées sur le fonctionnement du monde et non par obligation personnelle. Selon cela, même lorsqu’on n’est pas soumis à l’une ou l’autre des bénédictions du matin, on doit malgré tout la réciter.

 

  • Celui du Ba’al Ha-‘Itour, du ROSH et du TOUR mentionnés plus haut, qui considèrent que puisque la personne a la liberté et la possibilité technique de chausser les chaussures en cuir même ces jour là, comme par exemple lorsqu’il y a un danger provoqué par la présence d’un scorpion, on peut tout à fait autoriser la récitation de cette bénédiction.

[Cette façon de justifier cette bénédiction ces jours là est confirmée par le Lévoush (chap.614 parag.4)]

 

  • Celui du MARYL WALI cité par le ‘HYDA (mentionné plus haut) qui justifie la récitation de cette bénédiction ces jour là, par le fait que l’on porte des chaussures en tissu.

[Cet argument est à l’origine celui du Shout Ha-Tashbeç (tome 2 chap.186), et il est soutenu par d’autres décisionnaires, comme le ‘Ere’h Ha-Shoul’han (sur O.H 554 note 6) entre autres …]

C’est d’ailleurs ce qu’écrit le Rav correcteur (Maguiah) du livre Shalmé Tsibbour (page 53a) selon qui notre maitre le ARI Zal aurait été influencé dans son opinion par l’opinion de Rabbenou Zer’ahya Ha-Léwy auteur du Maor, qui interdit le port de toutes sortes de chaussures, aussi bien celles en cuir que celles en tissu ou autres matières. Mais puisque la décision Hala’hique s’est déjà diffusée sur ce point et que l’on autorise le port de chaussures en tissu ces jours là, il est certain que l’on doit réciter cette bénédiction. Cependant, les gens qui se comportent exclusivement selon les enseignements Kabbalistiques du ARI Zal en tout point, ne doivent pas réciter cette bénédiction ces jours là. Mais pour l’ensemble du peuple d’Israël, la loi est tranchée sur ce point, et l’on doit réciter cette bénédiction même ces jours là. Fin de citation.

 

  • Nous pouvons aussi joindre un autre argument pour justifier la récitation de cette bénédiction ces jours là.

En effet, les bénédictions du matin ont une validité d’un matin à un autre (sauf dans certains cas qui seront expliqués – B’’N B’’H - dans des prochains exposés).

Selon cela, lorsqu’on récite cette bénédiction le matin de Yom Kippour ou de Tish’a Bé-Av, elle garde une validité jusqu’au lendemain matin du jeûne. De ce fait, si l’on enfile les chaussures en cuir après la sortie du jeûne, on justifie ainsi de façon rétroactive la récitation de cette bénédiction, récitée le matin du jeûne.

[D’ailleurs, le livre Ma’assé Rav (note 9) rapporte que le Gaon de Vilna récitait cette bénédiction à la sortie du jeûne en enfilant ses chaussures en cuir.]

 

De nombreux décisionnaires des dernières générations tranchent sur le plan pratique que l’on doit de façon à priori (Lé’haté’hila) réciter cette bénédiction ces jour là. Telle est l’opinion du Gaon auteur du Bérit Kéhouna (tome 3 sect. « Tav » note 17) qui atteste que telle est leur tradition (Djerba), puisque selon le principe, chaque fois qu’il y a divergence entre les Kabbalistes et les décisionnaires, nous nous conformons selon l’opinion des décisionnaires, comme le stipulent entre autres MARAN dans le Beit Yossef (O.H143) et le RADBAZ dans ses Tshouvot (tome 4 chap.36 et 80).

 

De plus, nous avons précisé plus haut au nom du Shalmé Tsibour que telle est la tradition, et selon un principe déjà abordé dans les précédents exposés, lorsque les décisionnaires attestent d’une tradition de réciter une bénédiction, on n’applique pas la règle selon laquelle en cas de doute on s’abstient de réciter une bénédiction (« Safek Béra’hot Lé-Hakel »).

 

Dans ses notes sur le Shoul’han ‘Arou’h (O.H 46 note 4), le Gaon Rabbi ‘Akiva EIGUER déduit des propos du Maguen Avraham (note 5) qu’il faut réciter la bénédiction de « Shé-’Assa Li Kol çérakhaï  » le jour de Yom Kippour.

 

C’est ainsi que tranche également le Péri Mégadim (Eshel Avraham sur O.H chap.46 note 2).

 

Telle est également l’opinion du Gaon auteur du Shou’t Yad Its’hak (tome 3 fin du chap.293), et il atteste que tel est l’usage des Ashkénazim, de réciter cette bénédiction les jours de Yom Kippour et de Tish’a Bé-Av.

Il précise que tel est son usage personnel.

Il ajoute que telle est la Hala’ha selon les décisionnaires qui considèrent que l’on peut porter des chaussures en tissu ces jours là, et il termine en disant que telle est la Hala’ha. Fin de citation.

 

Tel est l’usage personnel de notre maitre le Rav Ovadia YOSSEF Shalita, qui récite la bénédiction de « Shé-’Assa Li Kol çérakhaï » avec « Shem Ou-Mal’hout », en veillant à enfiler ses chaussures en cuir après la sortie du jeûne.

 

Il est vrai que dans son ouvrage Shou’t Yabiya Omer (tome 2 sect. O.H chap.25 parag.15) édité en 5715 (1955), notre maitre laisse entendre qu’il ne faut pas réciter cette bénédiction les jours de Yom Kippour et de Tish’a Bé-Av, mais dans son ouvrage Hali’hot ‘Olam (tome 1 pages 53 et 54) édité en 5758 (1998), notre maitre revient sur son opinion et tranche qu’il faut réciter cette bénédiction même ces jours là, et avec Shem Ou-Mal’hout.  

Selon le principe, il faut toujours retenir le dernier enseignement comme essentiel.

   

 

 

Résumé

 

Parmi les bénédictions du matin, nous récitons celle de « Shé-’Assa Li Kol çérakhaï  » (« qui m’a procuré tout ce dont j’ai besoin »). Nos maitres expliquent que cette bénédiction traite principalement du privilège de porter des chaussures en cuir.

 

Bien que les jours de Yom Kippour et Tish’a Bé-Av nous ne portons pas de chaussures en cuir, nous devons malgré tout - selon le strict Din - réciter cette bénédiction avec « Shem Ou-Mal’hout » (avec la mention du Nom d’Hashem).

Cependant, il est bon dans ce cas d’enfiler les chaussures en cuir à la sortie du jeûne de Yom Kippour et de Tish’a Bé-Av.

Tel est l’usage personnel de notre maitre le Rav Ovadia YOSSEF Shalita, qui récite la bénédiction de « Shé-’Assa Li Kol çérakhaï  » avec « Shem Ou-Mal’hout », en veillant à enfiler ses chaussures en cuir après la sortie du jeûne.

 

Il en est de même pour un endeuillé (Bar Minan).

Même s’il n’est pas autorisé à porter des chaussures en cuir durant les 7 jours de deuil, il doit malgré tout réciter cette bénédiction dans les bénédictions du matin.

 

Toutefois, selon l’opinion des Kabbalistes, on ne doit pas réciter cette bénédiction les jours de Yom Kippour et Tish’a Bé-Av, puisque nous ne portons pas de chaussures en cuir ces jours là.

 

Comme c’est le cas à chaque fois qu’il y a une divergence entre la Hala’ha et la Kabbala, nous devons nous conformer sur ce point à l’opinion de la Hala’ha, et nous devons donc réciter cette bénédiction ces jours là.

 

Cependant, les personnes qui se comportent en tout point selon l’opinion des Kabbalistes, sont autorisées à omettre cette bénédiction les jours de Yom Kippour et de Tish’a Bé-Av.   

 

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