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Shabbat Para
1. Les mêmes moyens mais pas les mêmes objectifs
Le Shabbat qui suit Pourim s’appelle « Shabbat Para ».
Nous sortons un 2ème Sefer Torah dans lequel nous lisons le passage relatif à la loi de la Vache Rousse (Para Adouma), qui était offerte en sacrifice et entièrement consument sur l’autel, et dont on utilisait les cendres en les mélangeant à l’eau du Temple, et en aspergeant de ce mélange les personnes ou les objets qui avaient contracté l’impureté mortuaire.
Rashi explique dans la Guémara Méguila (29a) que pour être autorisé à réaliser le sacrifice de Péssa’h, il faut impérativement être pur.
Il faut donc mettre en garde Israël avant Rosh ‘Hodesh Nissan, afin que chacun puisse offrir son sacrifice de Péssa’h en état de pureté.
Contexte
Hashem ordonne à Moshé et à Aharon le commandement de Para Adouma – La vache rousse.
Cette Mitsva consiste à se procurer une vache totalement rousse, sans la moindre imperfection, et qui n’a jamais porté de poids. On procédait à la Shé’hita – l’abatage rituel de cette vache - puis elle était complètement brûlée. Les cendres de la vache étaient mélangées à de l’eau du Beit Ha-Mikdash, et toute personne ou objet ayant été au contact ou en présence d’un mort, étaient aspergés de ce mélange, et retrouvaient leur statut de purs.
Ce qui fait du commandement de Para Adouma, une ‘Houka – une loi irrationnelle - c’est que justement, celui qui aspergeait les personnes ou objets afin de les rendre purs, devenait lui-même impur. Il devait lui-même suivre un nouveau processus de purification.
« Hashem parla à Moshé et à Aharon en ces termes: "Ceci est la ‘Houka (la loi irrationnelle) de la Torah ; Parles aux Béné Israël et qu’ils prennent pour toi une vache rousse parfaite … » (Bamidbar 19 – 2)
Midrash Rabba (19-8) :
Pourquoi tous les sacrifices sont constitués d’animaux males, alors que la vache rousse est une femelle ? Rabbi Eybo dit : C’est comparable à l’enfant d’une servente qui a Sali le palais du roi. Le roi dit : Appelez la mère de cet enfant afin qu’elle vienne réparer les dégâts de son enfant. Ainsi, Hashem demande que l’on offre la vache rousse, afin qu’elle répare la faute du Veau d’Or.
Le Rav GOLDVASSER - cité par le livre Yalkout Léka’h Tov - explique qu’il existe un véritable parallèle entre la salissure du veau et le nettoyage de la vache.
En effet, la confection du Veau d’Or résulta de la transformation de la matière (l’or) en être vivant (le veau), par l’intervention du feu.
Alors qu’en parallèle, les cendres de la vache rousse s’obtiennent par un processus contraire : la transformation d’un être vivant (la vache) en matière (les cendres), toujours par l’intervention du feu.
Cela signifie que l’on peut tout à fait construire le monde au moyen du feu, mais on peut aussi le détruire par ce même moyen !
Il en est de même avec toutes les autres forces et moyens existant dans le monde, qui peuvent être à la fois bénéfique et nuisibles.
Nous ne devons pas faire confiance à la seule compréhension de notre esprit, provenant de notre seule vision des choses !!
La destruction des anciens est en réalité une construction. La construction des jeunes n’est qu’une destruction (Guémara Méguila 31b).
Il existe une descente qui aboutit vers une ascension, et une ascension qui n’est en réalité que la pire des chutes !!
C’est ce principe que nous apprennent la vache et le veau.
La combustion de la vache - que l’on pourrait interpréter comme une destruction – n’est en réalité que la création de la pureté. Alors que la combustion de l’or qui a engendré le veau – que l’on pourrait interpréter comme une création – n’est en réalité que destruction pour le monde.
2. Play-liste de Mitsvot
« Hashem parla à Moshé et à Aharon en ces termes: "Ceci est la ‘Houka (la loi irrationnelle) de la Torah ; Parles aux Béné Israël et qu’ils prennent pour toi une vache rousse parfaite … » (Bamidbar 19 – 2)
De nombreux commentateurs demandent :
Il aurait été plus précis de dire « Ceci est la ‘Houka de la vache… ». Ou bien « Ceci est la ‘Houka de la purification… ». Pourquoi généraliser l’aspect irrationnel de la Para Adouma à toute la Torah ? Il existe bien dans la Torah des commandements tout à fait rationnels, dont le sens est à la portée de chacun ?!
Lors de l’un de ses Shiourim, notre maître, le Rav Ovadia YOSSEF shalita a répondu à cette question de la façon suivante :
Il existe une catégorie d’individus qui se refusent à pratiquer toutes les obligations d’un juif. Ces gens prétextent qu’ils ne peuvent pratiquer que les choses dans lesquelles ils trouvent un sens. Par exemple, ces gens-là n’auront aucune difficulté à donner de la Tsedaka à un nécessiteux, ou bien on pourra constater chez eux une véritable aversion pour tout ce qui est de nuire à son prochain … etc.… Ces gens-là pratiqueront aussi d’autres Mitsvot à la condition qu’il y est une certaine « logique » à leurs yeux.
En contre partie, il existe des personnes, dont la Emouna en Hashem et sa Torah, est inébranlable. Ceux là n’ont pas besoin d’avoir recours à une démonstration intellectuelle quelle qu’elle soit pour pratiquer les Mitsvot. Ces Tsaddikim accomplissent tous les commandements de la Torah sans jamais être dérangés par le fait qu’il y a certains points qu’ils n’arrivent pas comprendre !
Il est écrit dans Tehilim (119) « Les Reshaïm (les impies) sont loin de la délivrance, car ils n’ont pas recherché tes ‘Houkim (lois irrationnelles) ».
Il existe plusieurs sortes de maladies. Certaines dont on connaît le mode de guérison, et d’autres maladies dont on ignore le mode de guérison.
Le Tsaddik qui accompli toutes les obligations d’un juif, même celles dont il ignore le sens, sera sauvé par Hashem de toutes les maladies, même de celles dont on ignore le mode de guérison, Mida Kenegued Mida – Mesure pour mesure.
Mais le Rasha (l’impie), qui s’autorise à se faire une sélection – une « Playliste » - des devoirs qu’il accomplit, ne se verra délivré que des maladies dont on connaît le sens, et cela aussi selon le principe de Mida Kenegued Mida – Mesure pour mesure.
Puisqu’ils n’ont pas recherché l’accomplissement des ‘Houkim, ces lois irrationnelles, sous prétexte que cela n’avait aucun sens à leurs yeux, les Réshaïm seront loin de la délivrance, en cas de maladie incurable !!!
Un peu de confiance en l’infinie sagesse de la Torah, un peu d’innocence dans la pratique des Mitsvot, mais surtout beaucoup d’humilité vis-à-vis d’Hashem, peut nous sauver la vie !!!!!
C’est pour cela que la Parasha qui traite de la loi irrationnelle de la Para Adouma (vache rousse), débute par les termes généraux « Ceci est la ‘Houka (la loi irrationnelle) de la Torah … », et non pas « Ceci est la ‘Houka de la vache… ». Ou bien « Ceci est la ‘Houka de la purification… ». Afin de nous enseigner que de la même façon que nous accomplissons des devoirs de la Torah, parce qu’ils nous semblent contenir un sens logique, de la même façon nous devons accomplir l’intégralité des devoirs de la Torah, même lorsqu’on a du mal à les comprendre !
3. Les signes de conformité de la Vache Rousse
« Hashem parla à Moshé et à Aharon en ces termes: "Ceci est la ‘Houka (la loi irrationnelle) de la Torah ; Parles aux Béné Israël et qu’ils prennent pour toi une vache rousse parfaite … » (Bamidbar 19 – 2)
Hakadosh Barou’h Hou dit : « J’ai érigé une ‘Houka (une loi irrationnelle), j’ai établi un décret. Tu n’as pas le droit de remettre en question mon décret ». (Midrash Rabba sur ‘Houkat)
On peut se demander pourquoi cette répétition « J’ai érigé une ‘Houka, j’ai établi un décret… » ?
Et pourquoi ne pas faire cette mise en garde aussi sur d’autres ‘Houkim comme l’interdit de planter des greffes, ou l’interdit du lait et de la viande ? Pourquoi serions nous susceptibles de remettre en question uniquement cette ‘Houka de la Vache Rousse ?
Il est rapporté dans la Psikta Rabbati (enseignements des sages du Talmud) :
Un jour, les sages d’Israël devaient se procurer une vache rousse. Après de grandes difficultés, ils en trouvèrent une chez un non juif. Ils lui proposèrent de la lui acheter.
Le non juif accepta contre 4 ou 5 pièces d’or. Ils acceptèrent. Le non juif, voyant à quel point les juifs tenaient à lui acheter sa vache, changea d’avis et leur dit qu’il n’était plus disposé à leur vendre la vache. Ils lui proposèrent 5 pièces d’or, puis 10 pièces, puis 20, jusqu’à ce qu’ils arrivèrent à 1 000 pièces d’or et le non juif accepta. Les ‘Ha’hamim allèrent chercher l’argent. Que fit le non juif ? Il dit à son ami : « Viens voir comment je m’amuse avec ces juifs ! Ils sont prêts à m’acheter la vache à un très gros prix, parce qu’elle n’a jamais porté de poids. Regarde ! Je vais placer un poids sur la vache, et j’empocherai quand même leur argent !!! » Le non juif exécuta ses paroles.
Il existe 2 signes distinctifs pour savoir si une vache a porté un poids ne serai ce qu’une seule fois dans son existence :
Les ‘Ha’hamim revinrent avec l’argent pour prendre la vache. Avant de payer, Ils examinèrent la vache, et s’aperçurent qu’elle n’était plus valable. Ils dirent au non juif : « Reprend ta vache, nous n’en avons plus besoin, et va t’amuser avec d’autres personnes !! » Voyant cela, le non juif s’écria : « Beni soit Celui qui a choisi ce peuple ! » Il rentra chez lui et s’étrangla. Qu’ainsi disparaissent tous les ennemis d’Israël !!
Le Ben Ish Haï (Rabbi Yossef ‘Haïm Irak 19ème siècle) fait remarquer que si Hashem ne nous avait pas gratifié de ces 2 signes miraculeux grâce auxquels nous sommes à même de vérifier la vache rousse, nous aurions été susceptibles de « remettre en question » la possibilité de réaliser cette Mitsva, en disant : « La Torah exige que la vache n’ai jamais porté de poids. Mais comment le savoir ?!! » C’est pour cela – dit le Ben Ish Haï - qu’Hashem nous met en garde : « J’ai érigé une ‘Houka, j’ai établi un décret… ». J’ai érigé une ‘Houka – en faisant en sorte que les 2 poils ne se redressent jamais. J’ai établi un décret – en faisant en sorte que ses yeux n’aient plus la même hauteur.
Puisque tu possèdes ces 2 signes, tu ne peux plus « la remettre en question !!! »
4. La vache rousse : Le juste milieu
Les élèves de Rabbi Israël BAAL SHEM TOV (Russie 18ème siècle, fondateur du courant de pensée de la ‘Hassidout) demandèrent un jour à leur maître :
« De quelle façon pouvons-nous accomplir de notre époque la Mitsva de Para Adouma ? Et quelle morale pour le service d’Hashem pouvons-nous tirer des cendres de la vache, puisque nous n’avons plus ni cendres, ni vache ?! »
Le Rav leur répondit :
« Le mot PARA (vache) fait allusion à la GAAVA (l’orgueil), puisque la racine du mot PARA est la même que celle de פרה ורבה (Péré Ou-Rvé) (fructifie-toi et multiplie-toi), car l’orgueil agrandit l’esprit de l’homme. L’orgueil est à la fois positif et négatif. Comme la Para Adouma (la vache rousse) qui purifiait ceux qui étaient impurs, et qui rendait impurs ceux qui étaient purs. On a toujours enseigné dans le milieu ‘Hassidic de la ville de PSHIS’HA (Europe de l’est) qu’un ‘Hassid doit toujours avoir 2 phrases à l’esprit :
« Je ne suis que poussière et cendre » (phrase dite par Avraham Avinou – Voir Bereshit), et « Le monde n’a été créé que pour moi » (enseignement de nos ‘Ha’hamim) »
Shabbat Shalom